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ALCHIMIE OU LE TRESOR DE NOS MOTS

ALCHIMIE

ou

LE TRÉSOR DE NOS MOTS

Nature, incertains ou mâtures, ils fleurissent pour nous sur le lit de nos cœurs, avant qu’on ne les cueille pour en faire des bouquets aux couleurs de nos âmes. Leurs subtils ballets, délicats ou grotesques, riches ou indigents, communs, uniques, bons ou mauvais samaritains, parent leurs existences brèves de nos élans sans frein et nos pudiques retenues, de nos émois et de nos faims, de notre indifférence savamment recherchée, d’affection ou de haine… De mille préciosités ils se griment sans fin pour dépeindre le monde en mode singulier, tant en « Nous » il rayonne.

Ils sont légion ces mots, en bouquets de paroles, ou d’écrits ! À l’heure de la lecture, de l’écriture bien plus encore, tous ils nous interpellent en nuances plurielles : l’une, oubliée là telle une étourderie, et l’autre ancrée ici par subtile méprise ou maladresse grasse, celle-ci qui sourit, et plus loin son amie qui consent une larme, elles sont ainsi multiples, fragiles tels nous sommes, nous, et parfois l’une d’elles, tutoyant l’Éternel nous déploie son pavois. Oui, tous nos mots sont, "NOUS", pour nous qui les cueillons en leur prime genèse, comme pour qui d'ailleurs, laissera son regard sur leurs ondes flâner. Or, nous seuls, et exclusivement, les connaissons sincères ou faux, et s’ils s’avèrent malhabiles, car cela se produit, il est rare toutefois qu’en cette gaucherie qui les aura blessés ils trahissent nos pensées, car en nos plus intimes compréhensions, toujours ils sonnent juste, graves comme légers ou guillerets et sincères témoins, ils habillent ainsi les ondes chamarrées de nos humains partages. L’un d’eux, parfois de sa seule envergure, sans s’apparier rayonne de son ampleur en son sens premier, et d’autres fois encore nul n’est besoin de mots, seulement d’un regard, d’un sourire, d’un silence pour qu’alors, même ce seul mot-là, aussi royal soit-il, soit encore importun et sache alors se taire, où mieux encore, le doit en élision, accueillant le Sacré qui soudain nous pénètre.

Ils sont urbains nos mots sociaux, civilisés, passionnés de voyages, de découvertes sages, ou moins, de partages gourmets et sensations variées, enivrantes, exaltées ou tristes et résignées… Parfois, grégaires plus qu’il ne faut, ils aiment trop à se noyer en images éculées aux fresques scripturales pour y abandonner, par zèle trop marqué leurs essences premières en messages tronqués, confus ou sans mesure dilués, ou encore trop alambiqués, qu’ils soient oraux, ou bien tracés en pleins et en déliés un peu trop policés pour s’imposer avec talent à l’auditoire, au lectorat, qu’importe, offrant ainsi à la coupe de l'altération leurs essences et licences, ces purs joyaux de vie qui en oublient leurs sens. Mais s’ils s’affinent en simples suggestions offertes à qui veut les cueillir, c’est alors en milliers de nuances choisies, chaudes et chatoyantes qu’ils s’effacent en apparence, et seulement, brillant bien plus intensément encore par cette humilité ne sachant s’imposer qui offrent à nos poèmes et nos proses, en dissonances et harmoniques assonances, en gâteries de leurs essences leurs richesses ardentes sans cesse festonnées de nouvelles dentelles, aux prégnantes clartés.

Un seul mot, isolé ne témoigne de rien, hormis quelque exception qui confirme la chose. C’est lorsqu’il se lie à une phrase entière, un discours, un chapitre, parfois un livre entier qu’il sait résonner à notre oreille fine avec tant d’acuité comme puissant vecteur de cette fabuleuse alchimie (cependant si trompeuse parfois) des sens en effusions de tous ses compagnons, en ces bains de jouvences que leur proposent ou leur imposent nos idées, nos désirs, même notre raison, où lui plus que tout autre sait amplement briller. Or, de ce Grand Œuvre là nous sommes détenteurs, Seigneurs en nos châteaux. Pourtant, en une autre demeure, ces mêmes mots, pour nous témoins d’une évidence, à la lumière d’une autre aura dont on ignore l’essence, seront-ils traduits en un tout autre sens, ou parfois, déboire plus ténu, en autre résonance que si intimement, nous, en le proposant lui avions dévolue. Ainsi se trouve-t-il altéré, en celle ou celui qui nous lit, de l’once de vérité qu’on lui avait confiée, et qui, sous une autre prégnance, infime ou conséquente, déconcertante ou mal comprise, aura désaccordé leur message premier ou semé l’équivoque,  tout comme généré un quiproquo fâcheux, ou non, mais malheureux. Aussi, en jouons-nous parfois, avec mauvaise foi, ou de ce friand goût d’une provocation teintée de bon aloi.

Ainsi, et trop souvent, ne nous comprenons-nous vraiment quand nous semons, l’esprit serein mais imparfaitement, nos mots ouverts à tous les vents ; car chacun d’eux acquiert en nous son sens inné depuis toujours, et toujours singulier, qui déforme ou dénature ainsi la genèse de nos pensées en celles de qui nous lit ou nous écoute sous l’irradiance aisée de sa perception propre, qui l’aura peu ou prou, peut-être transmuée.

Il est si peu de cas, où, complices vraiment, deux êtres ou plus encore, communient à l'envie, amplement, si bien se comprenant dans le lit de leurs vies caressées par les mots qu’ils se sont choisis. Et cette magie-là, fort rare, en son langage unique abreuve leurs âmes d’absolu, les affranchit de leurs fardeaux et ouvre ainsi leurs nues au « Beau ». Là, est pour eux, pour « Nous », s’il nous offre ses cieux, le Trésor de nos mots.

 



27/08/2022
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